{"id":77690,"date":"2025-04-14T23:02:20","date_gmt":"2025-04-14T21:02:20","guid":{"rendered":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/?p=77690"},"modified":"2025-04-14T23:02:20","modified_gmt":"2025-04-14T21:02:20","slug":"le-peuple-a-le-dos-large-lelite-a-les-dents-longues-par-tibou-kamara","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/?p=77690","title":{"rendered":"Le peuple a le dos large, l\u2019\u00e9lite a les dents longues (Par Tibou Kamara)"},"content":{"rendered":"<div>\n<div style=\"margin-bottom:20px;\"><img width=\"800\" height=\"600\"src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Tibou-kamara.jpeg?w=800&amp;ssl=1\" class=\"attachment-post-thumbnail size-post-thumbnail wp-post-image\" alt=\"\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Tibou-kamara.jpeg?w=800&amp;ssl=1 800w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Tibou-kamara.jpeg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Tibou-kamara.jpeg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Tibou-kamara.jpeg?resize=80%2C60&amp;ssl=1 80w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Tibou-kamara.jpeg?resize=265%2C198&amp;ssl=1 265w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Tibou-kamara.jpeg?resize=696%2C522&amp;ssl=1 696w, https:\/\/i0.wp.com\/www.guinee7.com\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/Tibou-kamara.jpeg?resize=560%2C420&amp;ssl=1 560w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\"><\/div>\n<p>Les pouvoirs changent. Les hommes aussi. Mais les travers restent les m\u00eames, les revers se suivent et se ressemblent. Les mauvaises habitudes ont la vie dure. Le vice survit au temps et poss\u00e8de souvent un effet de contagion : \u00ab L\u2019hypocrisie est un vice \u00e0 la mode, et tous les vices \u00e0 la mode passent pour vertus \u00bb, \u00e9crivait Moli\u00e8re. Les mobilisations de foules seraient-elles le vice ind\u00e9modable ? Sont-elles un barom\u00e8tre de l\u00e9gitimit\u00e9 ? Ont-elles jamais \u00e9t\u00e9 une source d\u2019immunit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Le 26 mars 1984, Ahmed S\u00e9kou Tour\u00e9, dont l\u2019historien \u00e9m\u00e9rite guin\u00e9en Ibrahima Baba Kak\u00e9 a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019ambivalence dans l\u2019ouvrage Le H\u00e9ros et le Tyran qu\u2019il lui a consacr\u00e9, s\u2019est \u00e9teint \u00e0 Cleveland, aux \u00c9tats-Unis, dans une clinique, loin de sa terre natale, isol\u00e9 par la maladie et seul face \u00e0 la mort. Le peuple de Guin\u00e9e, qui lui avait pr\u00eat\u00e9 all\u00e9geance et jur\u00e9 fid\u00e9lit\u00e9, se montra inconsolable, d\u00e9vast\u00e9, orphelin de ce dirigeant r\u00e9put\u00e9 irrempla\u00e7able, auquel certains auraient volontiers attribu\u00e9 une place dans l\u2019Olympe. On esp\u00e9ra m\u00eame pour ce mortel l\u2019\u00e9ternit\u00e9, afin qu\u2019il puisse continuer \u00e0 servir. Le jour o\u00f9 le \u00ab Syli \u00bb fut rappel\u00e9 \u00e0 Dieu, le temps sembla se figer, la terre cessa de tourner, le monde parut s\u2019effondrer. Personne n\u2019osait imaginer que la Guin\u00e9e, chevill\u00e9e \u00e0 son \u00e2me, lui survivrait, ni que les Guin\u00e9ens, qui l\u2019idol\u00e2traient, parviendraient \u00e0 faire leur deuil.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab L\u2019hypocrisie est un vice \u00e0 la mode, et tous les vices \u00e0 la mode passent pour vertus \u00bb, \u00e9crivait Moli\u00e8re. Les mobilisations de foules seraient-elles le vice ind\u00e9modable ? Sont-elles un barom\u00e8tre de l\u00e9gitimit\u00e9 ? Ont-elles jamais \u00e9t\u00e9 une source d\u2019immunit\u00e9 ?<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine quelques heures apr\u00e8s le d\u00e9sarroi national et les lamentations, la page de cet homme jug\u00e9 immortel et indispensable fut tourn\u00e9e dans un d\u00e9ferlement de hu\u00e9es hyst\u00e9riques et de col\u00e8re populaire. La m\u00e9moire du disparu fut profan\u00e9e, son \u0153uvre vilipend\u00e9e, son honneur bafou\u00e9, son pouvoir honni. Les militaires qui lui succ\u00e9d\u00e8rent, s\u2019emparant des r\u00eanes de l\u2019\u00c9tat, devinrent les nouveaux dieux, adul\u00e9s par tous, c\u00e9l\u00e9br\u00e9s dans la ferveur. Plus personne ne voulait entendre parler de l\u2019homme providentiel ni de son r\u00e9gime r\u00e9volutionnaire. Autres temps, autres m\u0153urs et autres discours !<\/p>\n<p>Le G\u00e9n\u00e9ral Lansana Cont\u00e9 et ses compagnons d\u2019armes furent accueillis en h\u00e9ros, voire en messies annonciateurs de jours meilleurs. Des ann\u00e9es plus tard, rong\u00e9 par l\u2019usure du pouvoir et une maladie insidieuse, l\u2019homme du 3 avril 1984, ayant perdu le contr\u00f4le, se retrouva au c\u0153ur d\u2019une insurrection populaire qui l\u2019\u00e9prouva profond\u00e9ment et \u00e9branla son r\u00e9gime pourtant rest\u00e9 longtemps solide. D\u00e9c\u00e9d\u00e9 certes en fonction, ses derniers jours furent marqu\u00e9s par des contestations de l\u00e9gitimit\u00e9 et des d\u00e9fis \u00e0 son autorit\u00e9, rarement remise en cause auparavant. Il n\u2019\u00e9tait pas encore inhum\u00e9 que son r\u00e9gime fut balay\u00e9 par un coup d\u2019\u00c9tat, le 22 d\u00e9cembre 2008. Vingt-quatre ans de pouvoir sans partage n\u2019avaient pas suffi \u00e0 sauvegarder son immense h\u00e9ritage politique.<\/p>\n<p><strong>GLOIRE ET D\u00c9CH\u00c9ANCE, L\u2019\u00c9TERNEL BALANCIER DU POUVOIR GUIN\u00c9EN ?<\/strong><\/p>\n<p>Le Capitaine Moussa Dadis Camara, qui prit la rel\u00e8ve, ne rencontra gu\u00e8re de r\u00e9sistance, tant l\u2019espoir d\u2019un changement \u00e9tait grand. Les Guin\u00e9ens avaient h\u00e2te d\u2019entrer dans une nouvelle \u00e8re. Dadis, devenu tr\u00e8s populaire, fut adoub\u00e9 par les acteurs et les citoyens dans une parfaite symbiose. Soup\u00e7onn\u00e9, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, de vouloir conserver le pouvoir, le conflit avec les acteurs \u2013 les m\u00eames qui furent ses soutiens et alli\u00e9s durant ses d\u00e9buts prometteurs \u2013 d\u00e9boucha sur le bain de sang du 28 septembre 2009. Ce drame \u00e9claboussa son magist\u00e8re et pr\u00e9cipita son d\u00e9part, d\u2019autant qu\u2019apr\u00e8s le drame du stade survint une tentative d\u2019assassinat le visant. Entre la gloire de son pl\u00e9biscite et le d\u00e9clin d\u2019une chute brutale, peu de temps s\u2019\u00e9coula. Ce dirigeant bouillant fut l\u00e2ch\u00e9 par ceux-l\u00e0 m\u00eames qui l\u2019avaient port\u00e9 \u00e0 bout de bras.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral S\u00e9kouba Konat\u00e9 a tr\u00e8s t\u00f4t compris la versatilit\u00e9 des soutiens politiques et le danger de s\u2019accrocher au pouvoir. Aussi s\u2019est-il fix\u00e9 un horizon clair dans un laps de temps r\u00e9duit, \u00e9vitant ainsi la d\u00e9saffection populaire et les revirements impr\u00e9visibles. Il a rendu le pouvoir avant de s\u2019\u00e9loigner, la t\u00eate haute et le c\u0153ur l\u00e9ger. Avec le recul des ann\u00e9es et les exp\u00e9riences qui ont suivi, son choix appara\u00eet aujourd\u2019hui comme une exception : nettement au-dessus de la m\u00eal\u00e9e politique, son exemple m\u00e9rite d\u2019\u00eatre salu\u00e9 pour avoir su r\u00e9sister \u00e0 l\u2019appel du \u00ab fruit d\u00e9fendu \u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pour ce strat\u00e8ge politique (Alpha Cond\u00e9), le peuple constituait \u00e0 la fois un bouclier et un ultime rempart.<br \/>\nD\u2019o\u00f9 l\u2019exc\u00e8s de confiance qui l\u2019a conduit \u00e0 rel\u00e2cher sa vigilance, lui dont la carri\u00e8re fut marqu\u00e9e par une attention aigu\u00eb aux r\u00e9alit\u00e9s du pouvoir<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le professeur Alpha Cond\u00e9 a acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la magistrature supr\u00eame en 2010, au terme d\u2019un v\u00e9ritable parcours du combattant, jalonn\u00e9 d\u2019\u00e9preuves et parsem\u00e9 d\u2019emb\u00fbches. Il a su attendre son heure et prendre son mal en patience, demeurant un homme politique d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir l\u2019adh\u00e9sion des populations. Durant toute sa vie politique, y compris sa pr\u00e9sidence, il a fait de la relation avec celles-l\u00e0 sa trousse de survie. Les Guin\u00e9ens semblaient, un temps, lui rendre cette fid\u00e9lit\u00e9. Le sentiment d\u2019\u00eatre en phase avec son \u00ab milieu naturel \u00bb et de b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019onction populaire l\u2019a confort\u00e9 dans ses choix. Pour ce strat\u00e8ge politique, le peuple constituait \u00e0 la fois un bouclier et un ultime rempart.<br \/>\nD\u2019o\u00f9 l\u2019exc\u00e8s de confiance qui l\u2019a conduit \u00e0 rel\u00e2cher sa vigilance, lui dont la carri\u00e8re fut marqu\u00e9e par une attention aigu\u00eb aux r\u00e9alit\u00e9s du pouvoir. Ironie du sort, ce peuple auquel il croyait sans r\u00e9serve, ainsi que certains de ses collaborateurs, partisans et alli\u00e9s \u2013 qu\u2019il avait choy\u00e9s et crus ind\u00e9fectibles \u2013, se sont progressivement d\u00e9tourn\u00e9s, ralliant finalement les nouvelles sph\u00e8res du pouvoir apr\u00e8s son \u00e9viction en 2021.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Seule une comp\u00e9tition \u00e9lectorale transparente, avec une \u00e9galit\u00e9 des chances pour tous, peut d\u00e9partager les acteurs politiques<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>La loi des s\u00e9ries sera-t-elle respect\u00e9e ?<\/strong><br \/>\nEn attendant, la Guin\u00e9e reste fid\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame, complexe et indomptable : elle peut avoir un seul dirigeant, mais demeure tiraill\u00e9e entre plusieurs leaders, chacun contr\u00f4lant un territoire et disposant d\u2019un fief ainsi que d\u2019un \u00e9lectorat captif. Il est plus facile de relier les diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays gr\u00e2ce aux passerelles existantes que d\u2019imaginer un bloc monolithique derri\u00e8re un homme ou une cause. Le peuple est un, mais il n\u2019est pas uni, fragment\u00e9 en courants politiques divergents et en groupes d\u2019int\u00e9r\u00eats antagonistes. Seule une comp\u00e9tition \u00e9lectorale transparente, avec une \u00e9galit\u00e9 des chances pour tous, peut d\u00e9partager les acteurs politiques.<\/p>\n<p><strong>La v\u00e9rit\u00e9 des urnes ou les clameurs publiques ?<\/strong><br \/>\nLa parole est au peuple lors des \u00e9lections : chaque voix est compt\u00e9e dans les urnes. Dans la rue, o\u00f9 l\u2019on ne peut dissoudre la d\u00e9mocratie ni porter arbitrairement quelqu\u2019un au pouvoir, la foule qui scande des slogans et brandit des pancartes sait jouer le r\u00f4le qu\u2019on lui confie. Apr\u00e8s tout, la v\u00e9rit\u00e9 viendra d\u2019ailleurs, et le monde reste un th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 chacun, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, est un acteur d\u2019un sc\u00e9nario qui se r\u00e9p\u00e8te d\u2019une \u00e9poque \u00e0 une autre. Le peuple, s\u00e9dentaire, s\u2019accommode un temps des locataires du pouvoir qui se succ\u00e8dent avant de se rebeller : \u00ab \u00c0 malin, malin et demi \u00bb.<\/p>\n<p>En tout cas, le peuple reste insondable, et l\u2019on ne peut lire l\u2019avenir dans une boule de cristal : l\u2019homme propose, Dieu dispose.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les pouvoirs changent. Les hommes aussi. Mais les travers restent les m\u00eames, les revers se suivent et se ressemblent. Les mauvaises habitudes ont la vie dure. Le vice survit au temps et poss\u00e8de souvent un effet de contagion : \u00ab L\u2019hypocrisie est un vice \u00e0 la mode, et tous les vices \u00e0 la mode passent &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[22],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/77690"}],"collection":[{"href":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=77690"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/77690\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=77690"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=77690"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sn.ambaguinee.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=77690"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}