
Après sept longues années de travaux, l’Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen (OGDH) a présenté, ce jeudi 14 mai, à la Maison de la Presse, le rapport de son étude consacré au fonctionnement de la chaîne pénale en Guinée.
Dans ce document, l’organisation dénonce notamment les longues périodes de détention préventive, les dépassements des délais de garde à vue, les renvois multiples d’audiences, les lenteurs procédurales, les difficultés d’accès des avocats à certains détenus, le manque de personnel qualifié ainsi que l’insuffisance des infrastructures judiciaires et la vétusté de plusieurs juridictions, notamment celles de Kaloum, Coyah, Forécariah, Mamou et Labé.

Selon Maître Alpha Amadou DS Bah, président de l’Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme, ce rapport sera publié en ligne afin de permettre au plus grand nombre d’y avoir accès. L’objectif, a-t-il expliqué, est de contribuer à un changement de comportements au sein des juridictions, mais également auprès des OPJ (officiers de police judiciaire) et de l’ensemble des acteurs impliqués dans la chaîne pénale.
Revenant sur le cas spécifique des détentions préventives, Mamadou Malal Diallo, consultant national et l’un des acteurs ayant participé à cette étude, a évoqué plusieurs exemples édifiants.
« Un individu qui a été arrêté le 12 mai 1991 pour meurtre. Il a été détenu jusqu’au 13 octobre 2008, soit 16 ans de détention, avant d’être libéré sur instruction du procureur général près la Cour d’appel de Conakry à l’époque. Il n’a été ni présenté à un juge d’instruction, encore moins jugé », a-t-il raconté.

Poursuivant son intervention, le conférencier est également revenu sur un cas plus récent datant du 8 janvier 2026 devant le tribunal ad hoc de Dixinn, sis dans l’enceinte de la Cour d’appel de Conakry.
« Il y a eu la première comparution de certaines personnes placées sous mandat de dépôt depuis le 17 août 2016 pour vol à main armée. Donc, cela fait 10 ans de détention provisoire. La première comparution a eu lieu le 8 janvier 2026 », a-t-il indiqué.
Mamadou Malal Diallo a également évoqué la libération, le 30 octobre 2024, de huit détenus de la Maison centrale de Conakry, incarcérés depuis 2008 sans avoir été jugés ni présentés à un juge d’instruction.
« Cela faisait 16 ans de détention préventive irrégulière. Les personnes concernées étaient simplement heureuses de retrouver la liberté », a-t-il souligné.
Dans ce rapport, les auteurs dénoncent aussi des incohérences et disparités dans le traitement de certains dossiers judiciaires.
« Souvent, lorsque les affaires sont médiatisées, elles connaissent un traitement plus rapide. J’ai évoqué le cas de Elhadj Hassimiou. À Kankan, par exemple, celui qui avait poignardé une dame a été jugé en moins d’une semaine », a expliqué le consultant.
Il a également cité le cas d’un jeune homme ayant reçu deux balles et ayant déposé deux plaintes, l’une devant le tribunal de Dixinn et l’autre devant le tribunal militaire, sans qu’aucune suite n’y soit donnée.
Au-delà des dysfonctionnements révélés dans ce rapport, l’Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme et du Citoyen a formulé 13 recommandations assorties de plusieurs activités destinées à faciliter leur mise en œuvre auprès des autorités concernées.
Mamadou Yaya BARRY
L’article Dysfonctionnements de la justice guinéenne : l’OGDH présente un rapport accablant évoquant jusqu’à 16 ans de détention sans jugement est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
Last modified: 14 mai 2026





