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La place des Nyamakala au Moyen Âge africain (Par Baba Saidou Cissé)

14 mai 2026

Dans les sociétés traditionnelles où les Nyamakala (griots, finas, cordonniers et forgerons) occupent une place prépondérante, leur rôle historique de régulateur social demeure fondamental. Toutefois, force est de constater, de nos jours, certains dérapages au sein de la pratique du griotisme.

Replacer les faits dans le contexte historique est un devoir de mémoire, tant pour le peuple que pour la corporation concernée. Aujourd’hui, l’heure est grave pour ce métier car nous constatons avec amertume que certains s’écartent de leur mission originelle pour poursuivre des objectifs lucratifs qui ne sont pas les leurs.

L’objet de cette publication est de rafraîchir la mémoire et d’interpeller la conscience des griots, afin qu’ils se réapproprient de leurs missions régaliennes.

Il convient de rappeler qu’après la bataille de Kirina en 1235, une grande assemblée se tint à Kurukan Fuga précisément à Kangaba en 1236, sous l’égide de l’empereur Soundiata KEITA, afin de réorganiser le manding. C’est à l’issue de cette rencontre que l’empire fut doté d’une constitution restée célèbre sous le nom de Charte de Kurukan Fuga (ou Charte du manding). L’article 1 de la Charte définit les fonctions de chaque catégorie sociale et dispose que : « le manding est désormais divisé en seize porteurs de carquois, cinq classes de marabouts et quatre classes de Nyamakala ». Chacun doit désormais s’acquitter de ses tâches et de ses missions régaliennes.

Il importe de souligner que les quatre classes de Nyara à savoir les griots, les fina, les cordonniers et les forgerons sont des hommes libres qui ont exercé des fonctions de premier plan au sein de l’Empire du Manding.

Dans la société mandingue, le griot ou djeli transcende la simple fonction de musicien ou de conteur, il est le trait d’union entre le passé et le présent, ainsi que le ciment de la cohésion sociale. Son rôle revêt une dimension multidimensionnelle où s’entremêlent l’autorité politique, la médiation sociale et le prestige du sacré.

Dépositaires de la lignée, les griots rappellent à chaque individu ses origines et son rang, validant ainsi son autorité et son honneur au sein de la communauté. Par le biais de récits épiques, ils transmettent aux jeunes générations les vertus morales et les codes de conduite ancestraux.

La parole (Kouma) est considérée comme une force puissante et potentiellement dangereuse. Seul le griot est celui qui sait la manipuler avec sagesse. Ils étaient les porte-paroles directs des rois et Chefs dans la cour royale, embellissant leur parole et la rendre intelligible et solennelle. Ils étaient également des ambassadeurs auprès d’autres rois d’où l’origine de la diplomatie.

​ Bien que les Fina ne soient pas des griots au sens strict, ils occupent une position subalterne à celle des griots lors des rassemblements de Nyamakala. Les Fina avaient pour rôle d’exalter les griots eux-mêmes, agissant en quelque sorte comme les « maîtres de cérémonie » de ces derniers.

Les cordonniers constituaient une catégorie sociale spécialisée dans l’art du cuir. En plus de la confection de chaussures, ils maîtrisaient le tannage et la transformation des peaux pour fabriquer des vêtements, des parures et divers articles utilitaires destinés à l’ensemble de la population.

Les forgerons possédaient la maîtrise du fer, une compétence vitale pour la fabrication d’armes de défense contre les fauves, ainsi que d’outils indispensables à l’agriculture et à la chasse. Leur savoir-faire constituait le socle du développement technique et de la sécurité de la communauté.

Ces hommes de caste se voient assigner un rôle similaire dans d’autres sociétés, bien que certaines n’aient pas connu une hiérarchisation aussi structurée que celle du Manding.

En raison de leur importance, de nombreux privilèges leur ont été accordés afin de les protéger contre les menaces et les outrages.

Il était strictement interdit de faire du mal ou de faire pleurer les Fina et les Griots (Djéli), à cause de leur rôle crucial qu’ils jouaient dans la régulation et la mémoire de la société. Cette protection n’était nullement le signe d’une infériorité sociale, mais bien la reconnaissance de leur importance vitale pour l’équilibre de la communauté.

Cet appel solennel des gardiens du passé s’impose comme une nécessité impérieuse pour restaurer les griots dans leurs fonctions ancestrales. Il vise à mobiliser le Djelitomba (l’association des griots), qui traverse une crise profonde depuis trop longtemps, afin qu’il retrouve son rôle de médiateur entre les chefs et le peuple, ainsi qu’au sein même de la population.

 BABA SAIDOU CISSE, Historien-Chercheur

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Last modified: 14 mai 2026

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