Ambassade de la R. de Guinée au Sénégal

« Quand tu descends dans la mine, tu ne sais pas si tu vas remonter vivant » – Immersion dans l’enfer doré de Gbonkö

18 mai 2026

À 35 kilomètres de Mandiana, dans le district de Gbonkö, des centaines d’orpailleurs artisanaux descendent chaque jour dans des galeries souterraines étroites, soutenues par de simples morceaux de bois, pour tenter d’arracher quelques grammes d’or à la terre. Hommes, femmes, venus de Guinée et d’ailleurs, tous partagent la même équation brutale : risquer leur vie pour nourrir leur famille. Reportage au cœur d’une réalité que l’or fait briller, mais que la mort guette à chaque instant.

Sous leurs pieds, la terre peut s’effondrer à tout moment. Mais ils descendent quand même. Parce qu’un pauvre, dit l’un d’eux, n’a pas le choix.

Treize ans sous terre : la vie de Malick

Malick Ba Diakité est arrivé à Gbonkö il y a treize ans. Originaire de Dinguiraye, il a tout misé sur cet or enfoui dans les entrailles du sol de Mandiana. Aujourd’hui, il y a installé sa femme et ses cinq enfants. Pour lui, l’orpaillage n’est pas une aventure. C’est une vie entière.

« Nous creusons ces mines pour gagner honnêtement notre vie, sans banditisme ni vol. Nous travaillons avec notre propre sueur, même si c’est dans la souffrance. Grâce à cette activité, j’ai pu réaliser beaucoup de choses », confie-t-il, la voix posée de celui qui a appris à vivre avec le danger.

Mais Malick ne cache pas la réalité de ce qu’il fait chaque matin lorsqu’il s’engouffre dans la galerie. « Quand tu descends dans la mine, tu ne sais pas si tu vas remonter vivant ou mourir sous terre. Mais un pauvre n’a pas le choix », lâche-t-il, avec une franchise qui dit tout.

« Nous ne calculons pas la mort »

Nombréa Yatou est venu du Burkina Faso. Comme des dizaines d’autres, il a traversé des frontières pour venir chercher de l’or dans ce coin reculé du nord-est de la Guinée. Sa philosophie face au danger ? Elle tient en quelques mots, prononcés sans trembler.

« Si tu as peur de la mort, tu ne peux pas descendre. Nous savons tous que la mort existe, donc nous ne la calculons pas. »

Cette formule, qui pourrait sembler de la bravade, est en réalité la traduction d’une résignation lucide. Ici, la mort n’est pas une hypothèse abstraite. Elle est une compagne de travail. Et accepter de la côtoyer est le prix d’entrée pour travailler dans les galeries de Gbonkö.

Le « micro » : un tuyau pour rester en vie

Sous terre, à plusieurs mètres de profondeur, la moindre communication avec la surface est un défi. Les orpailleurs de Gbonkö ont trouvé leur propre solution, aussi simple qu’ingénieuse : un tuyau qu’ils appellent le « micro ».

Manty Keïta est chargé de surveiller ce système depuis la surface. « Quand celui qui est dans la mine veut parler avec nous, il fait une alerte. S’il demande qu’on tire le minerai, je transmets le message aux autres. S’il a soif, il nous le dit et nous lui envoyons de l’eau », explique-t-il.

Un lien de quelques centimètres de diamètre entre la vie et la mort. Entre ceux qui sont sous terre et ceux qui attendent au soleil.

Les poseurs de bois : les oubliés les plus exposés

Dans les galeries, certains ont une tâche encore plus périlleuse que les autres : poser les supports en bois qui maintiennent les parois et empêchent les éboulements. Yacouba Keïta fait ce travail. Il sait ce qu’il risque.

« Certains meurent en faisant cela. Le bois peut tomber sur toi et te tuer ou te blesser gravement. Nous supportons toutes ces souffrances pour avoir de quoi vivre », dit-il simplement. Pas de plainte. Pas de colère. Juste le constat froid d’un homme qui a choisi de faire ce métier parce qu’il n’en voit pas d’autre.

Les femmes aussi, dans la poussière et le silence

À Gbonkö, les mines ne sont pas réservées aux hommes. Les femmes y sont nombreuses, pas dans les galeries, mais en surface, au transport, au lavage, au concassage des minerais. Un travail épuisant, mal rémunéré, souvent invisible.

Hawa Kourouma est venue de Kissidougou. Elle résume sa situation avec une dignité tranquille : « Quand les hommes trouvent du minerai et qu’on les aide, ils nous donnent une petite part. C’est ce que nous envoyons au concassage. Grâce à cela, nous payons les dépenses et les frais scolaires des enfants. »

Mais elle ajoute, et ces mots méritent d’être entendus : « Quand un enfant tombe malade ou qu’un accident arrive, c’est souvent la femme qui prend tout en charge. Les femmes souffrent beaucoup ici. »

Une organisation communautaire pour survivre ensemble

Face à l’absence de l’État dans ces zones reculées, les communautés de Gbonkö ont développé leurs propres mécanismes de survie collective. Une organisation locale appelée « Tombola-ma » surveille et tente de sécuriser les zones minières.

Mamadou Diakité, adjoint de cette structure, explique comment ils font appel à la Croix-Rouge pour délimiter les zones les plus dangereuses. Avant d’admettre les limites du système : « Même avec les bois de soutien, personne ne peut tout prévoir sauf Dieu. »

De l’or, mais aussi des écoles et un centre de santé

Malgré les risques, les autorités locales soulignent les retombées positives de l’orpaillage sur la communauté. Drissa Kounadi Diakité, président du district de Gbonkö 2, en dresse un bilan nuancé : « Grâce à cette activité, nous avons pu faire le lotissement, construire un centre de santé et une maison des jeunes. »

Son homologue du district de Gbonkö 1, Souleymane Diakité, insiste sur un point ferme : « Aucun mineur de moins de 18 ans ne doit descendre dans les mines. » Une règle dont l’application dans ces zones isolées reste difficile à vérifier, mais qui témoigne d’une conscience croissante des enjeux humains autour de l’orpaillage artisanal.

Quand l’hivernage arrive, les mines s’inondent et se ferment. Les orpailleurs redeviennent alors agriculteurs, un double visage économique qui dit la fragilité et la résilience de ces communautés du nord-est guinéen.

À Gbonkö, chaque matin ressemble au précédent. Les hommes s’équipent. Les femmes préparent les outils. Et quelqu’un descend dans le noir. L’or ne promet rien à personne. Mais la pauvreté, elle, a déjà tout promis, et tout pris. Alors on descend. En espérant remonter.

Karifa Kansan Doumbouya, de retour à Gbonkö

L’article « Quand tu descends dans la mine, tu ne sais pas si tu vas remonter vivant » – Immersion dans l’enfer doré de Gbonkö est apparu en premier sur Mediaguinee.com.

Last modified: 18 mai 2026

Comments are closed.