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Salif Keita ou Mory Kanté : le débat impossible entre deux légendes de la musique africaine

16 juin 2026

Mory Kante et Salif Keita

Ma playlist automobile commence presque toujours de la même manière. Quelques notes, une voix immédiatement reconnaissable, et le voyage peut commencer. C’est souvent Salif Keita.

Ainsi, au fil des kilomètres, défilent ‘‘Tounkan’’, ‘‘Sidiki’’, ‘‘Toubaka’’, ‘‘Mandjou’’ de l’époque mythique des Ambassadeurs, mais aussi les grandes œuvres de sa carrière solo : ‘‘Baraya’’, ‘‘Ténin’’, ‘‘Moussolou’’, ‘‘Yelen Na’’ et tant d’autres. Une habitude devenue un véritable rituel.

Il m’arrive de partager ces moments avec un ami de Fria. Sur un point, nous sommes toujours d’accord : le défunt doyen Pathé Diallo, célèbre journaliste sportif et grand mélomane, avait peut-être trouvé la formule la plus juste lorsqu’il affirmait qu’en matière de chanson, ‘‘c’est Salif Keita et les autres’’.

La formule est provocatrice, certes. Mais elle traduit l’immense admiration que suscite la voix d’or du Mandé, cette voix capable de traverser les générations, les frontières et les sensibilités.

Pourtant, chaque fois que cette phrase me revient à l’esprit, un souvenir s’impose à moi.

Nous sommes à Paris, durant l’été 2005. À l’occasion de la Fête de la Musique, je me rends à un concert de Mory Kanté à l’Olympia. Ce qui devait être un simple spectacle s’est rapidement transformé en une expérience inoubliable.

Dès les premières notes, la salle entière est entrée en mouvement. Plus personne ne restait assis. L’Olympia ressemblait désormais à une immense piste de danse où se mêlaient toutes les nationalités. Les sonorités traditionnelles mandingues se mariaient à une énergie irrésistible. Mory Kanté conduisait son public comme un chef d’orchestre dirige une célébration collective.

Sur la piste, je dansais avec une dame venue d’Asie. Était-elle japonaise, chinoise ou coréenne ? Je n’en sais rien. Son visage pouvait appartenir à l’une ou l’autre de ces cultures. Ce dont je me souviens, en revanche, c’est d’avoir dansé comme rarement dans ma vie.

Pour parler le langage des jeunes d’aujourd’hui, c’était tout simplement une dinguerie.

Une seule chose me manquait ce soir-là : un drapeau guinéen à brandir au-dessus de la foule.

Car ce que je ressentais avant tout, c’était une immense fierté. La fierté d’être originaire du même pays que cet artiste capable de faire danser le monde entier sur des rythmes inspirés de notre patrimoine culturel.

Cette soirée m’a rappelé qu’au-delà des préférences personnelles, la musique n’a pas qu’une seule fonction. Elle peut émouvoir, faire réfléchir, apaiser, mais aussi faire danser et célébrer la vie.

C’est sans doute pourquoi la plus belle comparaison entre Salif Keita et Mory Kanté n’est pas venue d’un critique musical, mais d’un autre immense artiste : Manfila Kanté. En quelques mots, il avait résumé ce que beaucoup pensent sans parvenir à l’exprimer : ‘‘On écoute l’un, et l’autre nous fait danser.’’ Tout est là.

D’un côté, Salif Keita, la voix qui élève l’âme, qui invite à la contemplation et à l’émotion. De l’autre, Mory Kanté, le maître des rythmes qui met les corps en mouvement et transforme chaque scène en fête populaire.

Deux artistes différents. Deux sensibilités. Deux façons de porter la culture mandingue au sommet de la musique mondiale. Et finalement, pourquoi choisir ?

Nous avons besoin des deux. Parce qu’une société a autant besoin de chansons qui font réfléchir que de musiques qui donnent envie de danser.

Parce qu’au fond, l’art sert aussi à adoucir les mœurs.

Et dans ce domaine, Salif Keita et Mory Kanté auront marqué leur époque comme peu d’artistes africains l’ont fait avant eux.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

 

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Last modified: 16 juin 2026

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