
Kindia- L’émotion reste vive à Kindia après le décès de Mamadou Djouma Bah, élève condamné dans une affaire de fraude au baccalauréat. Alors qu’une marche de soutien était annoncée avant d’être annulée à la demande de la famille du défunt, plusieurs élèves ont tout de même marché et pris la parole pour exprimer leur douleur et interpeller les autorités.

Ils sont allés devant la tribunal de première instance de Kindia. Ils ont scandé des slogans tels que : « justice pour notre frère » ou «Libérez les autres.»

Kadiatou Diallo a livré un témoignage. Dès l’entame de son intervention, elle a expliqué qu’elle ne venait pas pour alimenter une quelconque polémique, mais pour exprimer ce qu’elle considère comme une vérité. « Aujourd’hui, je suis là avec une tristesse dans le cœur. Je ne suis pas là pour m’opposer à des personnes, mais je suis là pour dire la vérité », a-t-elle déclaré.
Revenant sur l’annulation de la marche, elle a rappelé que cette décision avait été prise par les parents de Mamadou Djouma. Toutefois, elle estime que le délai de 48 heures était difficile à accepter pour de nombreux élèves.
Évoquant la situation des personnes placées en détention, notamment une mère emprisonnée avec son bébé, Kadiatou Diallo a lancé un appel empreint de compassion. « Déjà, il y a une mère dans la prison qui souffre avec son bébé. Qui connaît l’amour d’une mère ? Peut-être vous les garçons, vous ne savez pas, mais nous, je suis mariée, je suis femme, je suis à ce point de connaître l’amour d’un enfant et sa maman. On demande juste la libération des autres. On sait ce qui s’est passé avec Mamadou Djouma, on ne peut pas le ramener. Tout ce qu’on peut faire, c’est prier », a-t-elle affirmé.
« L’année blanche suffit »
Au-delà de l’émotion suscitée par ce drame, l’élève a demandé une révision des sanctions appliquées aux candidats surpris en fraude lors des examens nationaux. Selon elle, l’annulation de la session devrait constituer une sanction suffisante, sans qu’elle soit accompagnée d’une peine d’emprisonnement. « Avec la mort de Mamadou Djouma, on doit stopper beaucoup de choses. Une fois un enfant fraude au baccalauréat, l’année blanche ça suffit ! Neuf mois, tu vois ça s’écouler en un seul jour. On demande au ministre d’arrêter cette loi, cette stratégie. Ça nous blesse, ça nous décourage dans les études », a-t-elle soutenu.
Elle estime également que ce drame a profondément bouleversé les candidats au baccalauréat, au point d’éclipser l’attente des résultats. « Hier, on avait le stress du baccalauréat, aujourd’hui aucun élève de baccalauréat ne stresse. Demandez aux élèves dans la rue ! S’ils étaient stressés pour les résultats, aujourd’hui, depuis la mort de Mamadou Djouma, personne ne s’attend aux résultats. Qu’ils publient ou non, ça ne fait rien. Mamadou Djouma, c’est vrai il est parti, il ne va plus revenir. La vérité d’Allah, elle est là-bas », a-t-elle déclaré.
Un appel au ministre et au président
Poursuivant son intervention, Kadiatou Diallo a insisté sur la nécessité de lutter contre la fraude, tout en plaidant pour des sanctions qu’elle juge moins lourdes. « Nous, tout ce qu’on demande, c’est d’arrêter… On ne demande pas juste d’arrêter la fraude, c’est normal parce qu’il y a des élèves, quels que soient les conseils et autre, ils vont copier, ça nous le savons. Nous, on veut faire comprendre à l’État guinéen : si un élève fraude, sa candidature est annulée cette année. Mais l’année prochaine, il peut reprendre le bac sans qu’on le mette en prison », a-t-elle plaidé.
Selon elle, les conséquences de la mort de Mamadou Djouma dépassent largement les frontières de Kindia. « Regardez ce qui s’est passé avec Mamadou Djouma, ça n’a pas uniquement touché Kindia, malgré qu’il est de Kindia. Ça a touché tout le monde entier. Ceux qui se connectent sur internet le savent », a-t-elle ajouté.
S’adressant ensuite au ministre de l’Éducation, elle a demandé la libération des enseignants poursuivis dans cette affaire, estimant qu’ils restent indispensables à la formation des élèves. « Monsieur le ministre, c’est tout ce qu’on demande en fait, arrêtez ça, libérez nos enseignants, on a besoin du savoir ! Si on nous emprisonne, nous les futurs fruits de ce pays, qu’est-ce qui va devenir la Guinée ? », a-t-elle lancé.
Enfin, dans un message adressé au président de la République, le général Mamadi Doumbouya, Kadiatou Diallo a formulé un appel solennel. « Monsieur le Président, je vous demande humblement pardon. Libérez les autres ! Si un élève fraude, l’année blanche suffit. Je me mets à terre pour vous supplier. Vous avez des enfants. Pensez à cette femme qui doit nourrir son bébé. Libérez nos enseignants ! L’année prochaine, il y aura encore des examens et nous avons besoin de ces enseignants pour les cours de vacances. On a besoin de vous, Monsieur le Président », a-t-elle conclu.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
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Last modified: 22 juillet 2026





