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Dar-Es-Salam : les victimes posent leurs exigences à l’État et annoncent la création d’un comité citoyen

29 août 2026

Guinée- Après l’éboulement meurtrier survenu dans la nuit du 22 au 23 août 2026 à Dar-Es-Salam, le Collectif citoyen pour un environnement sain appelle l’État à respecter les engagements annoncés en faveur des victimes et des familles sinistrées.

Le drame de Dar-Es-Salam continue de susciter des réactions. Une semaine après l’éboulement meurtrier qui a fait plusieurs victimes et entraîné d’importantes destructions dans la zone de la décharge, les revendications des populations affectées se précisent.

Mouctar Bah, responsable stratégie et communication du Collectif citoyen pour un environnement sain, s’est exprimé au nom des victimes, des familles sinistrées et des propriétaires dont les habitations ont été détruites ou démolies dans le cadre des opérations menées après la catastrophe.

Dans son intervention, il a d’abord rappelé l’ampleur du drame et la situation des familles touchées : « nous parlons au nom des victimes, au nom des familles sinistrées, au nom des propriétaires qui ont perdu leur habitation, mais aussi au nom des familles qui pleurent encore leurs proches disparus dans le terrible éboulement survenu à Dar es Salam dans la nuit du 22 au 23 août 2026. »

Pour le responsable du collectif, les personnes touchées ne doivent pas être réduites à de simples chiffres : « aujourd’hui plus que jamais, l’État doit savoir que nous ne sommes pas seulement des statistiques. Nous sommes des pères et des mères, nous sommes des enfants, nous sommes des familles, nous sommes des citoyens guinéens. Et aujourd’hui, nous demandons simplement à l’État de ne pas l’oublier. »»

Des indemnisations réclamées pour les propriétaires

Alors que les opérations de déguerpissement se poursuivent dans les zones concernées, le Collectif citoyen pour un environnement sain demande la concrétisation des engagements annoncés par les autorités.

La première revendication porte sur l’indemnisation des propriétaires ayant perdu leurs maisons : « nous demandons premièrement : le dédommagement juste et transparent des propriétaires dont les maisons ont été détruites ou démolies. Derrière chaque maison, il y a des années de sacrifices, d’économies et de travail. Nous demandons donc que les propriétaires concernés soient identifiés, recensés et indemnisés dans des conditions justes et transparentes. »

Le collectif demande également une prise en charge durable des familles sinistrées, au-delà des aides d’urgence : « nous demandons également une prise en charge complète des victimes et des familles sinistrées. Certaines familles ont tout perdu en quelques instants. Elles ont besoin d’un toit, de nourriture, de soins, d’un accompagnement social et psychologique, mais surtout d’une véritable solution pour recommencer leur vie. Nous ne voulons pas d’une aide ponctuelle qui disparaît après quelques jours. Nous demandons un accompagnement à la hauteur de l’ampleur de cette catastrophe. »

Les familles veulent être associées aux décisions concernant les victimes

Autre préoccupation soulevée par le collectif : l’implication des familles des personnes décédées dans les décisions relatives à une éventuelle cérémonie ou à une inhumation collective.

Mouctar Bah insiste sur le fait que les victimes ne doivent pas être considérées comme anonymes : « nous demandons aussi que les parents et proches des personnes décédées soient pleinement associés à toute décision concernant l’organisation d’une éventuelle cérémonie ou inhumation collective. Ces morts ne sont pas anonymes. Derrière chaque victime, il y a une mère, un père, une sœur, un enfant, une famille. »

Il réclame ainsi que les familles soient informées et consultées avant toute initiative concernant leurs proches disparus :: « nous demandons donc que les familles soient informées, consultées et respectées dans toutes les initiatives de leurs proches disparus. Nous avons déjà perdu les nôtres, nous ne voulons pas être privés de notre droit légitime de leur rendre un dernier hommage dans la dignité. »

« Maintenant, la décharge doit quitter »

Au-delà de l’indemnisation et de l’accompagnement des sinistrés, le Collectif citoyen pour un environnement sain réitère une demande déjà formulée par plusieurs acteurs : la délocalisation définitive de la décharge de Dar-Es-Salam.

Mouctar Bah estime que la répétition des drames dans cette zone impose désormais une décision définitive. « nous demandons solennellement à l’État de procéder à la délocalisation définitive de la décharge de Dar es Salam dans les plus brefs délais. Cette demande n’est pas nouvelle. Dar es Salam a déjà connu une tragédie en 2017, et aujourd’hui en 2026, nous sommes encore confrontés à une catastrophe meurtrière. Combien de vie faudra-t-il encore perdre ? Combien de familles faudra-t-il encore endeuiller ? Combien de maisons faudra-t-il encore démolir ? Nous disons : ça suffit ! Maintenant, la décharge doit quitter, et c’est non négociable. »

Le collectif souhaite par ailleurs que la délocalisation annoncée soit accompagnée d’un calendrier précis : « nous demandons donc que la délocalisation annoncée de la décharge soit effectivement réalisée avec un calendrier clair et des mesures concrètes et inclusives. »

Un comité citoyen annoncé à Dar-Es-Salam

Face aux conséquences de la catastrophe et aux opérations de déguerpissement, le collectif annonce également la prochaine mise en place d’un comité d’accompagnement, de suivi et de veille citoyenne.

Mouctar Bah explique que cette structure aura pour objectif de suivre les engagements pris par les autorités et leur application sur le terrain : « c’est pourquoi, ici et maintenant, nous informons solennellement l’opinion publique, la société civile et l’ensemble des institutions de la République de la prochaine création à Dar es Salam d’un comité d’accompagnement, de suivi et de veille citoyenne. Ce comité est né d’une volonté simple et légitime : accompagner les actions de l’État, suivre leur mise en application sur le terrain et veiller au respect des engagements pris envers les populations de Dar es Salam. »

Ce comité devrait notamment s’intéresser à la réhabilitation du site, à la prise en charge des victimes de l’éboulement ainsi qu’aux personnes affectées par le déguerpissement : « le comité interviendra notamment dans le cadre de la réhabilitation du site de la décharge, de la prise en charge des victimes de l’éboulement et des personnes affectées par le déguerpissement, afin que personne ne soit oublié dans cette étape douloureuse de notre histoire. »

Selon le responsable du collectif, la structure réunira des représentants des victimes, des citoyens et des élus locaux des quartiers riverains.

« Nous ne sommes pas ici pour nous opposer à l’État »

Mouctar Bah assure que le comité ne se veut pas un instrument d’opposition aux pouvoirs publics, mais plutôt un cadre destiné à accompagner les actions engagées par l’État : « nous ne sommes pas ici pour nous opposer à l’État, nous sommes ici pour l’accompagner, pour témoigner de la réalité vécue par les populations et pour veiller à ce que les décisions prises se traduisent concrètement sur le terrain. »

 

Le collectif entend ainsi contribuer à la transformation du site de Dar-Es-Salam en un espace présenté comme plus sécurisé et bénéfique pour les populations : « conscients que nous ne pouvons pas revenir en arrière, ce comité est résolument engagé à accompagner toutes les initiatives de l’État qui visent à transformer la décharge de Dar es Salam en un espace utile, sain, sécurisé et bénéfique pour la communauté. Dar es Salam mérite de tourner une page, une page de douleur pour écrire une page d’espoir. »

En conclusion, le Collectif citoyen pour un environnement sain appelle à faire de la mémoire des victimes un moteur d’action pour améliorer les conditions de vie des populations riveraines : « nous avons la ferme conviction qu’avec le dialogue, la transparence et la volonté, un espace meurtri comme le nôtre par la souffrance peut devenir un symbole de renaissance. Que la mémoire de nos disparus nous oblige donc à agir pour la restauration de la dignité des populations de Dar es Salam. »

Mouctar Bah a finalement résumé le message porté par le collectif en une formule : « Dar es Salam n’est pas une poubelle. »

Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com 

Last modified: 29 août 2026

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