
Sur le Grand Conakry, nous couvrons autour de 70 à 110 %
Guinee7.com : Quel est aujourd’hui le taux réel de couverture électrique à Conakry et à l’intérieur du pays ?
Nabi Moussa Camara : Parler du taux de couverture est assez vague, car il faut se référer aux données du rapport 2025. Pour l’instant, sur le Grand Conakry, nous couvrons autour de 70 à 110 %. Nous disposons également d’un réseau interconnecté sur l’axe Conakry jusqu’à Labé-Mali, pour l’interconnexion avec le Mali et le Sénégal, dans le cadre de la boucle OMVG.
Nous avons aussi l’axe Kindia-Sierra Leone-Libéria-Côte d’Ivoire, qui rejoint Nzérékoré pour la partie CLSG. Tout le reste est constitué de réseaux isolés alimentés principalement par des groupes thermiques.
Il y a près de 19 villes qui disposent de réseaux isolés avec des centrales thermiques fonctionnant au carburant. La desserte y est généralement de six heures. Exceptionnellement, à Kankan et à Siguiri, elle peut atteindre dix à douze heures. Pour l’essentiel des villes disposant de centrales thermiques, la desserte reste donc autour de six heures.
Sur le Grand Conakry, nous avons le Réseau Interconnecté de Guinée (RIC), qui reçoit notamment l’énergie de Kaléta, Souapiti et Garafiri. Ces sources de production peuvent être hydrauliques ou thermiques. Kaléta et Souapiti sont situés sur le fleuve Konkouré. Une partie de Kindia est également alimentée par les Grandes Chutes, un barrage construit, si je ne me trompe pas, en 1963.
Ces deux contraintes cumulées nous obligent à procéder à des délestages
Comment expliquez-vous que les délestages persistent alors que plusieurs grands barrages ont été construits ces dernières années ?
Il faut comprendre que les contraintes auxquelles nous faisons face actuellement se situent à deux niveaux.
Premièrement, il y a la contrainte climatique et environnementale. Nous constatons l’assèchement de certains cours d’eau. On dit souvent que la Guinée est le château d’eau de l’Afrique, mais dans plusieurs localités, certaines rivières ont disparu ou leur niveau a fortement baissé.
Lorsqu’un fleuve baisse, il va de soi que le barrage construit sur ce fleuve perd également une partie de sa capacité de production.
Cette année, nous traversons une situation exceptionnelle. Il pleut dans les villes côtières, mais à l’intérieur du pays, notamment dans le Grand Fouta où prennent naissance plusieurs cours d’eau importants, la pluviométrie a fortement baissé. Le niveau du Niger a également diminué, tout comme celui du Tinkisso.
À cette situation s’ajoute la contrainte liée à l’approvisionnement en carburant. Avec la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient, nous connaissons également des difficultés d’approvisionnement en mazout, qui est un intrant essentiel pour certaines centrales thermiques, notamment celles de Kipé, de la Tannerie et de Kaloum.
Nous avions planifié que pendant la saison des pluies, la production hydraulique serait suffisante pour limiter le recours aux centrales thermiques. Malheureusement, le niveau des eaux est actuellement très bas et nous avons, parallèlement, des contraintes d’approvisionnement en mazout.
Ces deux contraintes cumulées nous obligent, par mesure de prudence, à procéder à des délestages afin de ne pas vider les barrages. Nous devons également alimenter les industriels qui fonctionnent en journée et réserver davantage d’énergie à la population pendant les heures de pointe.
La demande à la pointe se situe entre 600 et 650 mégawatts
Quelle est aujourd’hui la capacité de production installée, notamment entre l’hydraulique et le thermique, comparée à la demande nationale ?
Si vous raisonnez uniquement en termes de capacité installée, vous n’aurez pas forcément la bonne réponse.
Prenons l’exemple d’un véhicule. Vous pouvez avoir un véhicule dont le moteur affiche une certaine puissance, mais lorsque vous appuyez sur l’accélérateur, il peut ne pas délivrer toute cette puissance. C’est le même principe pour une centrale électrique.
Nous avons des centrales et des barrages construits, mais si la matière première nécessaire à leur fonctionnement vient à manquer, ou si certaines machines sont indisponibles, nous ne pouvons pas atteindre leur capacité théorique.
Actuellement, la demande à la pointe se situe entre 600 et 650 mégawatts. Cette pointe intervient principalement entre 18 heures et 22 heures, lorsque les populations sont rentrées chez elles.
Aujourd’hui, le couple Kaléta-Souapiti fournit autour de 400 mégawatts, mais nous ne sommes pas à pleine capacité en raison du manque d’eau. En ajoutant les autres sources disponibles, notamment les petites centrales de Conakry, nous n’atteignons pas les 650 mégawatts nécessaires.
Nous sommes donc obligés de procéder à des délestages et d’attendre les heures de pointe pour mettre toutes les sources de production disponibles en fonctionnement.
La journée, les clients industriels sont davantage priorisés afin de permettre aux entreprises de fonctionner. Le soir, nous essayons de réduire leur consommation afin de donner davantage d’électricité à la population.
Nous ne pouvons pas faire fonctionner les six groupes simultanément
Les barrages de Kaléta, Souapiti et Garafiri fonctionnent-ils actuellement à pleine capacité ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi ?
Non, ils ne peuvent pas fonctionner à pleine capacité parce que la ressource indispensable à leur fonctionnement, l’eau, fait défaut.
Si vous suivez les prévisions météorologiques diffusées après le journal de 20 h 30, vous remarquerez qu’il pleut davantage dans les villes côtières comme Forécariah, Coyah, Conakry ou Boffa. En revanche, il pleut moins à Mamou, Kindia, Pita, Dabola ou Faranah, alors que ce sont des zones importantes pour l’alimentation de nos cours d’eau.
Les barrages hydroélectriques fonctionnent donc actuellement à capacité réduite.
Prenons l’exemple de Souapiti, qui dispose de six groupes. Nous ne pouvons pas faire fonctionner les six simultanément. Nous pouvons fonctionner avec un groupe pendant la journée et augmenter à trois ou quatre groupes pendant la nuit, afin de produire davantage sans vider le barrage.
L’objectif est de préserver l’eau disponible pour la saison sèche, à partir de la mi-octobre ou du mois de novembre, lorsque les pluies auront cessé.
Nous n’avons reçu aucune instruction visant à arrêter cette collaboration
Quel est le coût de location et le rendement réel de la centrale flottante turque ? Le contrat est-il toujours en vigueur et jusqu’à quand ?
Je ne saurais vous parler des détails d’un contrat signé par l’État avec ce partenaire. À EDG, nous sommes des gestionnaires délégués et nous exécutons les orientations qui nous sont données par l’État.
Si l’État a contracté avec Karpowership pour une capacité de 150 mégawatts, nous recevons cette énergie. La partie contractuelle ne relève donc pas directement d’EDG.
Nous continuons néanmoins à travailler avec la centrale flottante conformément à la planification.
Il était initialement prévu de ne pas recourir à cette centrale thermique pendant la période des grandes pluies. Mais compte tenu de la situation actuelle, l’État est en train de mettre les bouchées doubles avec ce partenaire afin qu’il puisse fonctionner à son plein potentiel.
L’État investit des montants importants sous forme de subventions dans le secteur pour pouvoir rémunérer les producteurs indépendants d’électricité (IPP). Il est donc essentiel que tous les maillons de la chaîne fonctionnent correctement.
Je peux toutefois rassurer les consommateurs : nous travaillons toujours en étroite collaboration avec la centrale flottante et nous n’avons reçu aucune instruction visant à arrêter cette collaboration.
Une grande partie de l’énergie produite est évacuée par les lignes existantes
Au-delà de la production, y a-t-il également des contraintes au niveau du transport de l’électricité ?
Il ne s’agit pas d’un problème de transport au sens d’une panne générale du réseau, mais plutôt de contraintes liées aux capacités d’évacuation de l’énergie.
Nous avons aujourd’hui deux barrages importants et un troisième est en cours d’arrivée : le barrage d’Amaria. D’après les responsables du projet, l’un des premiers groupes devrait entrer en fonctionnement d’ici la fin de l’année.
La contrainte actuelle est liée notamment aux lignes de transport. Une grande partie de l’énergie produite par Kaléta et Souapiti est évacuée par les lignes existantes.
C’est pourquoi le gouvernement a décidé de prendre une déclaration d’utilité publique (DUP) concernant le corridor destiné à accueillir une nouvelle ligne de transport en provenance d’Amaria et de Kaléta-Souapiti.
Cette nouvelle ligne permettra de soulager le réseau existant. Une fois les travaux réalisés et la ligne mise en service, cette contrainte devrait être progressivement levée.
Nous sommes confrontés à une forte urbanisation
Quels investissements ont été réalisés ou sont en cours pour moderniser le réseau de distribution ?
Les investissements dans le réseau de distribution se font à deux niveaux.
EDG, en tant que gestionnaire délégué, assure principalement la maintenance et l’entretien du réseau. Les grands investissements sont réalisés par l’État, avec l’appui des partenaires techniques et financiers.
Dans la zone de Sonfonia-Kagbelen, par exemple, des projets sont réalisés avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD).
Nous avons également des projets à Matam, Matoto et Yimbaya, financés par la Banque mondiale à travers le projet PREREC.
Nous avons aussi le Projet d’amélioration de l’accès à l’électricité en Guinée (PAEG), dont la deuxième phase doit permettre de couvrir davantage de zones, notamment Coyah et Dubréka.
Ces investissements sont importants parce que nous sommes confrontés à une forte urbanisation. Il faut donc adapter constamment le réseau aux nouveaux quartiers et aux nouvelles zones d’habitation.
Ces projets de réhabilitation et de création de lignes comprennent également l’installation de compteurs prépayés, ce qui contribue à améliorer la qualité du service et la gestion de la clientèle.
Il y a un an, la situation était effectivement meilleure
Beaucoup de citoyens estiment que la situation était meilleure il y a quelques années. Que répondez-vous à ce constat ?
Nous comprenons parfaitement ce constat. Il y a un an, la situation était effectivement meilleure, notamment parce que nous avions connu une bonne pluviométrie en 2023 et en 2024.
En 2025, nous avons donc pu assurer une meilleure desserte pendant l’hivernage et mettre au repos certaines centrales thermiques.
Cette année, malheureusement, la faible pluviométrie nous impacte directement.
Il faut rappeler qu’environ 70 à 80 % du dispositif de production électrique de la Guinée repose sur l’hydroélectricité. Lorsque les ressources en eau diminuent fortement, cela se répercute automatiquement sur la production.
Nous estimons à environ 40 % le déficit en eau au niveau des barrages
Actuellement, nous estimons à environ 40 % le déficit en eau au niveau des retenues des barrages.
Nous espérons toutefois une amélioration dans les prochaines semaines, notamment avec la remise en fonctionnement progressive de certaines centrales thermiques conformément à la planification.
La mission d’EDG est claire : produire, transporter, distribuer et commercialiser
EDG dispose-t-elle d’un plan chiffré et daté pour résorber le déficit énergétique ? Quelles sont les prochaines étapes ?
Cette question relève davantage de l’État que d’EDG, car la résorption du déficit nécessite des investissements importants.
La mission d’EDG est claire : produire, transporter, distribuer et commercialiser l’électricité.
Les investissements dans la production, le transport et les grandes infrastructures de distribution relèvent de l’État et du ministère en charge de l’Énergie.
EDG, en tant que gestionnaire délégué, assure la maintenance et l’exploitation des équipements existants.
Lorsqu’un transformateur tombe en panne dans un quartier, par exemple, c’est EDG qui doit intervenir. Nous assurons également la maintenance des centrales thermiques afin de prolonger leur durée de fonctionnement.
Comme pour un véhicule qui doit régulièrement passer à la vidange, une centrale thermique doit être arrêtée périodiquement pour son entretien. Ces opérations peuvent malheureusement entraîner des coupures lorsqu’il n’existe pas suffisamment de capacité de remplacement.
Si nous avions toujours une centrale de secours disponible pendant qu’une autre est en maintenance, les consommateurs ne ressentiraient pratiquement pas ces opérations.
Quelle est aujourd’hui la situation financière et commerciale d’EDG ? Les factures sont-elles correctement recouvrées ? Qu’en est-il des arriérés de l’État envers EDG ?
Je parlerais plutôt de situation commerciale. Elle est effectivement difficile.
Aujourd’hui, certains consommateurs reçoivent une facture et peuvent attendre plusieurs mois avant de la payer.
Même lorsqu’un compteur prépayé est installé, certains cherchent malheureusement à le contourner pour éviter de payer leur consommation.
Il faut sortir du système forfaitaire, qui est une injustice pour tout le monde
C’est pourquoi l’État a confié à EDG une nouvelle dynamique : généraliser progressivement le compteur prépayé auprès de toutes les catégories de consommateurs, qu’il s’agisse de l’administration publique, des ménages, des boutiques, des salons de coiffure ou des ateliers.
Avec le compteur prépayé, le consommateur achète uniquement l’énergie qu’il souhaite consommer. S’il achète 100 000 francs d’électricité, cette somme reste disponible sur son compte jusqu’à ce qu’il puisse consommer l’énergie correspondante. C’est un système qui permet également de mieux maîtriser la consommation.
Je peux vous donner un chiffre encourageant : à Siguiri, où la desserte est d’environ dix heures, près de 90 % des consommateurs disposent déjà d’un compteur prépayé.
À Kaloum, où la desserte peut être bien meilleure, nous sommes encore autour de 70 %. À Boffa et dans d’autres localités, nous progressons également.
Nous devons donc poursuivre cette dynamique.
Il faut sortir du système forfaitaire, qui est une injustice pour tout le monde : pour EDG comme pour les consommateurs.
Si un ménage est au forfait et ne reçoit pas d’électricité pendant une partie du mois, il peut néanmoins recevoir une facture. Avec le compteur prépayé, cette situation ne se pose plus de la même manière.
Nous invitons donc les citoyens à intégrer l’électricité dans leur budget, au même titre que les autres charges de leur activité.
La subvention de l’État ne peut pas indéfiniment supporter seule le poids du secteur électrique. L’État doit également financer les hôpitaux, les écoles, les routes et les universités.
Chacun doit donc contribuer à travers le paiement régulier de sa consommation ou l’utilisation d’un compteur prépayé.
Dans les prochaines semaines, l’État pourrait également mettre à notre disposition 50 000 compteurs supplémentaires. Nous disposons déjà de plus de 50 000 compteurs en stock, que nous sommes en train d’installer dans les quartiers de Conakry et à l’intérieur du pays.
Notre objectif est que chaque consommateur dispose d’un moyen fiable de mesurer sa consommation.
Chaque année, nous avons des contrôles et des audits
Existe-t-il un audit ou une évaluation indépendante de la gestion actuelle du secteur électrique ?
Nous recevons régulièrement des auditeurs et des inspecteurs de l’État, puisque EDG est un établissement public à caractère administratif (EPA).
Chaque année, nous avons des contrôles et des audits portant notamment sur nos rapports d’activité.
En 2025, nos rapports ont été audités et validés par le conseil d’administration dans les délais.
Nous allons également franchir prochainement un nouveau cap avec la certification d’un segment important de notre clientèle. Nous travaillons notamment à certifier la relation avec les gros clients qui consomment l’électricité.
Nous avons mis en place une stratégie de relation clientèle que nous cherchons à standardiser selon des standards internationaux.
Nous sommes aujourd’hui proches de 13 % d’augmentation de la demande
Quel message EDG adresse-t-elle finalement aux ménages qui vivent sans électricité, parfois pendant plusieurs semaines ?
Je comprends leur difficulté. Lorsqu’un ménage a besoin d’électricité pour ses activités quotidiennes, notamment pour un atelier de soudure, un salon de coiffure, un atelier de couture ou un petit commerce, les coupures ont des conséquences importantes.
Certains ménages et certaines entreprises sont aujourd’hui obligés d’utiliser des groupes électrogènes ou des panneaux solaires. C’est une réalité que nous reconnaissons.
Mais il faut également comprendre les efforts et les coûts supportés par l’État.
Aujourd’hui, si nous devons faire fonctionner un groupe électrogène, nous devons acheter le gasoil à environ 13 000 francs le litre, alors qu’un particulier peut parfois l’acheter autour de 12 000 francs.
Imaginez donc le coût pour faire fonctionner un groupe pendant douze heures. Ce n’est pas facile à supporter.
C’est pourquoi il faut saluer les efforts du gouvernement dans le secteur de l’électricité.
Nous demandons aux populations de faire preuve de patience et de compréhension. Des montants importants sont investis afin d’améliorer la desserte de manière sécurisée et durable.
La demande d’électricité augmente également très rapidement.
Il y a quelques années, le Grand Conakry comptait environ 1,5 million d’habitants. Aujourd’hui, nous avons franchi la barre des 3 millions selon les statistiques disponibles.
Cela signifie davantage de ménages, de commerces et d’activités économiques ayant besoin d’électricité.
Nous pensions que la demande augmenterait d’environ 6 % au cours des dernières années, mais nous sommes aujourd’hui proches de 13 % d’augmentation.
Il existe donc un véritable écart entre la production disponible et la demande.
Nous travaillons avec les partenaires techniques et financiers ainsi qu’avec les ministères en charge de l’Énergie et de l’Économie et des Finances afin de trouver des solutions et d’assurer une desserte durable.
La planification doit nécessairement tenir compte de l’évolution de la demande.
La Guinée se modernise. Aujourd’hui, presque tout le monde possède un téléphone, un congélateur, un climatiseur ou d’autres équipements électriques. Tous ces équipements créent une demande supplémentaire.
Lorsqu’une personne quitte le domicile familial pour construire sa propre maison, c’est également une nouvelle demande qui apparaît sur le réseau.
Nous invitons donc les populations à faire preuve de compréhension.
Nous demandons également à ceux qui sont encore au forfait de continuer à payer leurs factures à temps. Cela permet à EDG de disposer des ressources nécessaires à la gestion et à la maintenance du réseau.
Pour ceux qui souhaitent passer au compteur prépayé, le compteur est gratuit. Il suffit de se rendre dans une agence EDG et d’en faire la demande.
Le compteur prépayé ne signifie pas qu’il faut nécessairement régler ses anciens arriérés avant de pouvoir en bénéficier.
Entretien réalisé par Ibrahima Sory Diallo pour Guinee7.com
Last modified: 10 septembre 2026





