
Conakry- Poursuivi pour des faits d’escroquerie, Aboubacar Demba Camara était à la barre du tribunal de première instance de Mafanco ce lundi. Le prévenu reconnaît avoir reçu 8,3 millions de francs guinéens de la partie civile, mais conteste avoir encaissé les 38,4 millions GNF qui lui sont réclamés.
Aboubacar Demba Camara, qui se présente comme « marabout » de profession, a comparu ce lundi devant le tribunal de première instance de Mafanco. Marié et père de six enfants, il est poursuivi pour des faits d’escroquerie au préjudice de Mabinty Camara.
À la barre, le prévenu a catégoriquement contesté avoir reçu la somme de 38 millions 400 mille francs guinéens évoquée dans le dossier. Il reconnaît toutefois avoir perçu 8 millions 300 mille francs guinéens, dans le cadre d’une démarche liée à un projet de voyage qui n’a finalement pas abouti.
Revenant sur les circonstances de cette affaire, Aboubacar Demba Camara a expliqué qu’il ne connaissait pas personnellement Mabinty Camara au départ. Selon lui, c’est une amie de cette dernière, Mamadama, qu’il connaissait et qui l’avait mis en contact avec elle. « Ce n’est pas ce qu’elle m’a donné. Moi, je ne connaissais pas la nommée Mabinty. C’est son amie Mamadama que je connais. Je suis un Karamoko, je suis à Coyah. Je suis originaire de Boké. C’est quelqu’un qui m’a déplacé et m’a envoyé à Coyah », a-t-il expliqué.
Poursuivant son récit, le prévenu a indiqué que la démarche avait commencé après qu’un homme, qui aurait auparavant aidé son petit frère à voyager, l’a contacté pour lui proposer de faire voyager d’autres personnes. « Le beau de Mabinty Camara, a eu un problème, elles sont allées me voir à Coyah. Elles m’ont dit que je facturais à combien ? J’ai dit que je ne prenais pas de l’argent au préalable, sauf après que le travail soit fait », a-t-il relaté.
Selon Aboubacar Demba Camara, c’est finalement Mamadama qui aurait proposé l’affaire à son amie Mabinty Camara. Il affirme n’avoir reçu de cette dernière que 8 millions 300 mille francs guinéens, somme qu’il dit avoir remise à l’homme chargé du voyage. « Elle ne m’a remis que 8 millions 300 mille francs. J’ai donné l’argent au Monsieur. Mais à un certain moment, on a eu des problèmes avec lui pour avoir la personne qui devait prendre la garantie de payer l’argent une fois que le mari de Mabinty allait arriver à destination », a-t-il déclaré.
Le prévenu a ensuite expliqué que le voyage devait finalement passer par le Mali, où son interlocuteur effectuait, selon lui, les démarches pour faire voyager ses clients. « Une fois que le problème a été réglé, le patron m’a dit de dire au mari de Mabinty de le rejoindre au Mali pour le voyage, puisque c’est de là-bas qu’il fait voyager ses clients. Le patron m’avait dit de lui dire qu’en partant pour le Mali, d’envoyer 1 million avec lui, pour les barrages », a-t-il poursuivi.
Un document de 38 millions présenté au PM3 de Matam
À l’en croire, le projet de voyage a finalement été abandonné le jour où le mari de Mabinty devait se rendre au Mali. Le prévenu affirme s’être rendu lui-même à la gare routière avant d’être rejoint par Mabinty Camara et ses proches. « Le jour qu’il devait voyager pour le Mali, je suis allé à la gare routière moi-même. J’attendais là-bas quand ils [Mabinty et ses proches, NDLR] m’ont trouvé pour me dire qu’elles ne voulaient plus de voyage et de les rembourser. J’ai dit pas de problème », a-t-il raconté.
C’est ensuite au PM3 de Matam que, selon lui, la somme de 38 millions de francs guinéens lui aurait été réclamée. « On est arrivé au PM3 de Matam, Mabinty a présenté un papier écrit dans lequel je lui devais 38 millions. Je n’avais pas connaissance de ce document. Quand j’en ai fait cas, Mabinty a dit que c’est son amie Mamadama qui lui a dit de noter les sommes d’argent », a expliqué le prévenu.
Aboubacar Demba Camara affirme avoir alors proposé un échéancier pour rembourser la somme réclamée, sans parvenir à un accord avec la partie civile. « Puisque ce sont des femmes, je n’ai pas voulu trop discuter avec elles. J’ai dit que d’accord, de me donner l’opportunité de payer 15 millions par semaine. Mais, elle n’a pas voulu. C’est ainsi que je suis venu ici », a-t-il ajouté.
Le tribunal s’interroge sur son activité de « marabout »
Au cours des débats, le tribunal a également cherché à comprendre la nature de l’activité exercée par le prévenu. Interrogé sur son éventuelle appartenance à une association de marabouts, Aboubacar Demba Camara a répondu par la négative.
Le juge lui a ensuite demandé en quoi consistait son rôle de marabout. Le prévenu a répondu : « c’est de soigner des gens ».
Questionné sur sa capacité à faire voyager des personnes, il a également répondu par la négative. Il a expliqué qu’il avait simplement voulu rendre service, en s’appuyant sur l’expérience de son petit frère dont la procédure de voyage, selon lui, avait abouti.
Le parquet évoque d’autres témoignages
Lors de ses questions, le procureur a notamment demandé au prévenu s’il avait déjà eu affaire aux autorités dans le cadre d’autres plaintes. Aboubacar Demba Camara a répondu qu’il s’agissait, selon lui, de sa première affaire.
Le procureur a toutefois insisté sur cette question, rappelant notamment au prévenu qu’il aurait déjà été convoqué à Coyah par des personnes qui le qualifiaient de « faux marabout ». Face à cette évocation, Aboubacar Demba Camara n’a pas réagi.
Le représentant du ministère public a par ailleurs indiqué que plusieurs femmes pourraient venir témoigner à la barre au sujet des faits reprochés au prévenu. Il a annoncé que ces témoignages devraient intervenir au cours de la suite des débats.
Interrogé par le juge sur les modalités envisagées pour rembourser Mabinty Camara, Aboubacar Demba Camara a assuré être disposé à payer progressivement. « Je peux payer une partie à chaque 15 du mois », a-t-il déclaré.
La partie civile absente, l’affaire renvoyée
À l’appel de la partie civile, Mabinty Camara n’était pas présente dans la salle d’audience. En conséquence, le tribunal a renvoyé l’affaire à ce mardi pour la suite des débats.
Les prochaines audiences devraient notamment permettre au tribunal d’entendre la partie civile ainsi que les éventuels témoins annoncés par le parquet.
Abdoul Lory Sylla pour guinee7.com
Last modified: 5 octobre 2026





