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Crise de liquidité : « Nous avons traversé des périodes plus difficiles dans l’histoire de la Guinée. Cette crise sera réglée d’ici quelques semaines » (gouverneur BCRG)

29 mars 2026

Crise de liquidité en Guinée : « le vrai problème est la thésaurisation », martèle Karamo Kaba

Lors de la présentation du Projet de Loi de finances initiales (PLFI) 2026, le Gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba, est longuement revenu sur la crise persistante de liquidité dans le pays. Une situation qu’il reconnaît, tout en rejetant l’idée d’une inaction de l’institution bancaire.
D’emblée, le Gouverneur a tenu à rappeler l’ampleur des injections de liquidités opérées par la BCRG. « Nous avons injecté comme jamais dans l’histoire moderne de l’économie guinéenne », a-t-il insisté. À titre d’illustration, il a précisé qu’en janvier 2025, 30 milliards de francs guinéens avaient été mis à disposition des banques pour le public, contre 402 milliards en janvier 2026.
La tendance s’est confirmée sur l’ensemble du premier trimestre. « En 2025, nous avons injecté 63 milliards. Cette année, nous sommes à 1 293 milliards », a détaillé Karamo Kaba. Sur le dernier trimestre 2025, les injections ont atteint 1 657 milliards, pour un total annuel de 2 800 milliards de francs guinéens. « Nous avons joué le jeu », a-t-il martelé, estimant que la Banque centrale figure parmi les institutions « à féliciter » dans la gestion de cette crise.

Des causes multiples, internes et externes

Malgré ces efforts, la crise persiste. Le Gouverneur l’explique par une combinaison de facteurs externes et internes. Parmi les causes externes, il cite notamment les contrôles menés par la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) dans le cadre de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, ainsi que le recours par l’administration fiscale aux avis à tiers détenteur auprès des banques.
Autre facteur évoqué : l’impact du mégaprojet minier de Simandou, qui exercerait une pression accrue sur la liquidité.
« Nous avons une économie qui est beaucoup plus grande que ce que nous avons estimé », a reconnu le Gouverneur, appelant à une meilleure évaluation des flux financiers générés par ces grands projets.

À cela s’ajoutent des contraintes internationales, notamment les difficultés d’approvisionnement en billets.

« Il y a une difficulté de livraison des imprimeurs, en raison des crises de matières premières et des fortes commandes des banques centrales depuis le Covid », a-t-il expliqué.
Sur le plan interne, Karamo Kaba a reconnu plusieurs insuffisances, notamment le retard dans la commande des billets, l’absence d’un switch national pleinement fonctionnel pour assurer l’interopérabilité des paiements, ainsi que des lenteurs administratives et des difficultés logistiques liées au traitement des fonds.

La thésaurisation, « vrai problème » selon la BCRG

Mais pour le Gouverneur, le cœur du problème réside ailleurs. « Le vrai problème est la thésaurisation », a-t-il affirmé sans détour. Selon les données présentées, la proportion de billets détenus hors du système bancaire a fortement augmenté ces dernières années.
En 2022, 71 % des billets en circulation étaient détenus par le public, contre 29 % dans le système bancaire. Cette tendance s’est accentuée pour atteindre près de 96 % en 2025, laissant à peine 4 % des billets dans les banques.

« Les billets ne reviennent pas dans le circuit bancaire », a déploré le Gouverneur.
Dans ce contexte, il estime que les injections de liquidité, aussi importantes soient-elles, ne suffisent pas. « On peut injecter autant qu’on veut, mais si les billets ne reviennent pas, il y aura toujours ce sentiment qu’il manque de l’argent », a-t-il expliqué, appelant implicitement les citoyens à faire davantage confiance au système bancaire.

Un appel à la confiance et à la patience

Face à cette situation, Karamo Kaba se veut toutefois rassurant. Il a évoqué les récentes instructions données par le Président de la république Mamadi Doumbouya, visant à restaurer la confiance et à normaliser la circulation fiduciaire.
« Nous avons traversé des périodes plus compliquées dans l’histoire de la Guinée. Cette crise, nous allons la régler », a-t-il assuré, se disant convaincu d’un retour à la normale « d’ici quelques semaines ».
Un message d’optimisme, alors que la question de l’accès au cash reste au cœur des préoccupations quotidiennes des citoyens et des opérateurs économiques.

Sadjo Bah

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Last modified: 29 mars 2026

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