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Rachid Ndiaye : le dernier NGonga d’une grande plume africaine

4 juin 2026

Rachid Ndiaye (2)

Rachid Ndiaye a tiré sa révérence. En lui le journalisme africain perd l’une de ses figures les plus élégantes, l’une de ces plumes dont la lecture procurait à la fois plaisir, réflexion et admiration.

Bien avant de le rencontrer, je le connaissais déjà à travers ses écrits. Comme beaucoup de lecteurs francophones du continent, je le suivais avec assiduité dans Africa International. J’y découvrais un style singulier, une écriture raffinée, ponctuée de ces petites phrases taquines dont il avait le secret. À la télévision également, sa présence imposait le respect. La solidité de ses analyses, la rigueur de son raisonnement et surtout sa remarquable maîtrise de la langue française faisaient de chacune de ses interventions un véritable moment de journalisme.

Ce n’est pourtant qu’au début des années 2010 que j’ai eu l’occasion de découvrir l’homme derrière le journaliste. Une collaboration professionnelle, certes brève, nous avait alors rapprochés à travers la DCI et son journal Matalana. Une expérience qui ne dura pas longtemps. Rachid Ndiaye estimait, non sans une pointe d’humour, que j’étais ‘‘incontrôlable’’. Mais cette courte aventure eut le mérite de me révéler un homme très différent de l’image publique que l’on pouvait se faire de lui.

Derrière l’analyste redoutable et le journaliste influent se cachait un homme d’une rare discrétion. Réservé, courtois, toujours mesuré, il cultivait une élégance naturelle qui transparaissait aussi bien dans ses relations humaines que dans son écriture. Sa vaste culture, sa connaissance des arcanes du pouvoir africain et son impressionnant carnet d’adresses faisaient de lui un témoin privilégié de plusieurs décennies de vie politique sur le continent.

Pour beaucoup de journalistes de ma génération, Rachid Ndiaye représentait un modèle. Un exemple de professionnalisme, de rigueur intellectuelle et de fidélité à une certaine idée du métier. Celle d’un journalisme fondé sur la connaissance des faits, la profondeur de l’analyse et le respect du lecteur.

Cette discrétion qui le caractérisait s’accompagnait d’une certaine lassitude des longues années passées loin de la Guinée. Selon plusieurs de ses proches, Rachid Ndiaye aspirait avant tout à retrouver le pays auquel il demeurait profondément attaché. Lorsqu’il y revint sous la présidence d’Alpha Condé, il confiait souvent à son entourage que son ‘‘aventure était terminée’’. Comme s’il estimait avoir bouclé le grand cycle de sa vie professionnelle et personnelle.

Ceux qui l’ont côtoyé à cette époque racontent qu’il fallut de longues discussions pour le convaincre d’accepter les fonctions d’ambassadeur de Guinée auprès de l’UNESCO. Une responsabilité qu’il accepta davantage par devoir que par ambition. Le destin en décidera autrement. Il quittera la Guinée la veille même du coup d’État du 5 septembre 2021, sans imaginer que ce départ serait peut-être définitif.

L’ironie du sort est particulièrement cruelle. Cet homme qui souhaitait tant retrouver la Guinée et y achever son parcours s’est finalement éteint loin de son pays. Une disparition qui ajoute encore à l’émotion suscitée par le départ de cette grande figure du journalisme africain.

Selon les confidences d’un de ses proches, il mettait la dernière main à un ouvrage consacré à la Guinée. Cette information suscite déjà curiosité et attente. Ceux qui connaissaient sa proximité avec l’ancien président Alpha Condé savent qu’il était aux premières loges de nombreuses séquences importantes de l’histoire politique récente du pays. Ce livre contiendra-t-il ce qui pourrait être considéré comme son ‘‘Dernier NGonga’’ (dernière vérité) ?

Les lecteurs de Matalana se souviennent que ‘‘Le Dernier NGonga’’ était l’une des rubriques emblématiques du journal. Un espace de vérité, d’analyse et parfois de révélations, où Rachid Ndiaye livrait son regard sur les événements et les hommes qui façonnaient l’actualité. Son ouvrage révélera-t-il les coulisses du pouvoir d’Alpha Condé, son mentor politique, à l’image de ce qu’a entrepris Tibou Kamara, autre proche de l’ancien président guinéen ? Nul ne le sait encore.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que Rachid Ndiaye laisse derrière lui une œuvre journalistique considérable et le souvenir d’un homme dont la distinction égalait le talent.

La plume s’est tue. Mais les mots, eux, continueront de parler pour lui.

Adieu, Monsieur Rachid

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

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Last modified: 4 juin 2026

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